Les Aventures du roi Pausole

Si toutes les opérettes étaient écrites avec une telle invention et un tel raffinement… eh bien, leurs compositeurs seraient capables d’écrire la Symphonie liturgique. Car les facettes d’Honegger sont multiples : il compose des symphonies et des musiques de film,  il incarne la modernité dissonante et la force brute, il sait aussi modeler des mélodies charmantes et se montrer facétieux,  il a pu raconter le Roi David et faire rouler Pacific 231, tout autant que narrer les aventures piquantes du personnage  inventé par Pierre Louÿs et trousser ses compagnes court-vêtues.

Ainsi, d’un roi à l’autre, de David à Pausole, Honegger se laisse facilement convaincre par Albert Willemetz de s’intéresser au livret croustillant qu’il tire du roman de ce maître du libertinage que Debussy comptait parmi ses amis et dont il mit en musique les Chansons de Bilitis. Composée dès mai 1929 – et parallèlement à d’autres partitions bien plus sérieuses, Amphion, le Concerto de violoncelle et la Première symphonie  - l’opérette fut créée le 12 décembre 1930 au Théâtre des Bouffes Parisiens, avec un succès fou.

Au Théâtre de Carouge en 2011, Robert Sandoz, a fait un carton avec sa mise en scène de Monsieur Chasse de Feydeau. Nul doute qu’il va faire des étincelles dans le harem où se prélassent les 365 épouses du Roi Pausole, une par jour…

Pierre Michot

 

« Pausole, indubitablement, est l’opérette la plus friponne du répertoire. Mais l’œuvre n’est pas que cela. Apologie vécue de la fantaisie érigée en dogme et, à la fois, vert discours sur la liberté de l’amour, elle a de la morale sexuelle une vision qui, à être joyeuse, n’en est pas moins profondément libertaire. Avec un enthousiasme très poivré, Honegger y singe tout et le contraire de tout : le clinquant de l’opérette, le charme Chabrier, les hymnes patriotiques, la valse et le boléro, la goualante, Stravinski, la Révolution française, l’héroïsme des ténors, Faust de Gounod, la fausse cantate, le vrai jazz, et on ne sait quoi encore tant il y en a. Mais Honegger dans Pausole a aussi des étrangetés qui n’appartiennent qu’à lui, jusqu’au fond des paradoxes de la tendresse, à la fleur des troubles dont rêvent les jeunes filles, ou sur la crête des frustrations intimes dont peuvent s’affecter les dames plus mûres, le tout baigné dans une sensualité parfaitement vénéneuse. »

Dominique Chouet

Conférence(s) sur Les Aventures du roi Pausole