Mignon

On en a longtemps voulu aux compositeurs français – et plus encore à leurs librettistes – d’avoir détourné Goethe et Shakespeare dans les chemins édulcorants et sentimentaux de l’opéra comique. Au point de les bannir dans le purgatoire – sinon dans l’enfer – du répertoire. Si Faust et Werther n’ont pas trop souffert de désaffection, Ambroise Thomas était considéré comme vraiment trop ringard. Et puis voilà qu’on s’est aperçu que son Hamlet comportait de la bien belle musique et qu’il n’était pas indigne des grands scènes.

C’est le tour de Mignon.

Car il faut bien reconnaître que cette œuvre ne manque ni de charme ni de délicatesse. Pour ne prendre qu’un exemple, les personnages antithétiques de Mignon, exilée nostalgique et amoureuse fervente, et de Philine, comédienne adulée et coquette extravertie, sont parfaitement caractérisés, ne seraient-ce que par leurs deux airs restés célèbres : Connais-tu le pays et Je suis Titania la blonde.

Reste donc à redécouvrir avec des oreilles rafraîchies ce qui fut l’un des ouvrages les plus joués sur toutes les scènes du monde, depuis sa création en 1866 jusqu’au progressif abandon d’entre les deux guerres.

Pierre Michot

Conférence(s) sur Mignon