Stephen Sondheim
Company
comédie musicale en 2 actes
du 9 au 16 octobre 2026
| Direction musicale | Larry Blank |
| Mise en scène | James Bonas |
| Scénographie | Barbara de Limburg |
| Costumes | Nathalie Pallandre |
| Lumières | Christophe Chaupin |
| Vidéos | Anouar Brissel |
| Robert | Loïc Suberville |
| Joanne | Jasmine Roy |
| Amy | Jeanne Jerosme |
| Marta | Neïma Naouri |
| April | Mélanie Paiement |
| Jenny | Eva Gentili |
| Larry | Scott Emerson |
| Paul | Sinan Bertrand |
| Harry | Arnaud Masclet |
| Peter | Joseph De Cange |
| David | Nathan Desnyder |
| Sarah | Marion Preïte |
| Susan | Camille Mesnard |
| Kathy | Myriana Hatchi |
| clavier | Arnaud Tiberre |
| guitare | Mathias Minquet |
| batterie | Samuel Domergue |
Orchestre de la Suisse Romande
Company
Bâtiment des Forces Motrices
Vos critiques
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Revue de presse
A Genève, une grinçante COMPANY
Sylvie Bonier – Le Temps – 11 octobre 2026
source: https://www.letemps.ch/culture/scenes/a-geneve-une-grincante-company-comedie-mu…
Créée en 1970, la comédie musicale «Company», de Stephen Sondheim, invite à la réflexion sur le couple et la solitude. En tournée dans douze institutions lyriques, sa production française passe par Genève pour la première fois, entre amusement et désillusion
Après La Tempête de Frank Martin, Company de Stephen Sondheim. Le pari est audacieux pour ouvrir une première saison au Grand Théâtre de Genève (GTG). Mais Alain Perroux aime les défis. On lui sait gré de surprendre, et d’ouvrir les portes au musical américain. Stephen Sondheim en étant un de ses représentants favoris, le nouveau directeur a eu à cœur de faire découvrir Company, qui a amorcé le succès du New-Yorkais dès la création de l’ouvrage en 1970. Avant, l’auteur s’était distingué notamment comme parolier du mythique West Side Story, de Leonard Bernstein.
Sondheim n’est pas Bernstein, dont il ne possède pas le souffle, l’originalité et la puissance musicale. Mais il maîtrise la forme avec un talent et une adresse remarquables. A tel point que le parolier-compositeur est arrivé à détourner la comédie musicale de ses rails divertissants, vers un approfondissement social, psychologique, voire analytique. Un traitement original qualifié alors de «conceptuel».
Des tracas conjugaux
Avec Company, l’auditeur dérouté plonge dans les doutes, désirs et contradictions d’un célibataire (Bobby) que ses amis en couple tentent de convaincre des bienfaits du mariage. Au lieu d’une histoire linéaire traditionnelle, la narration est découpée en tranches de vies, et composée comme un patchwork de situations intimes. A l’occasion de l’anniversaire surprise organisé par cinq paires de ses meilleurs camarades, les masques tombent au fil des événements.
Sarah et Harry se chamaillent, entre leur penchant pour l’alcool et la nourriture. Une petite partie ludique de catch entre les époux vire au rapport de force dans la vie à deux. Peter et Susan, couple parfait, divorcent gaiement – elle est enceinte, véritablement ou non: la portée n’en est que plus forte. Robert et Jenny fument des pétards pour décomplexer leur relation. De son côté, au moment des épousailles, l’hystérique Amy refuse de lier son destin au délicieux Paul, avant de changer d’avis quand Bobby lui propose un échange… Quant aux «anciens» Larry et Joanne, ils conjurent l’usure du temps dans une boîte de nuit où Joanne aguiche Bobby…
Les tracas conjugaux, mâtinés de tendresse, désorientent le célibataire qui papillonne entre trois conquêtes: l’hôtesse de l’air April, la fantasque Marta et l’ex Kathy qui part se fiancer. La liberté finira pourtant par l’emporter, car le désir de se marier «un peu» (Marry Me a Little) sans renoncer à son indépendance n’est qu’un rêve.
Trop de paroles
Bien que Company soit très habilement troussé, et même dans cette version toute récente en français, la prédominance des textes du librettiste George Furth étouffe la quinzaine de lyrics en anglais de Sondheim. Et la succession de saynètes sur les paradoxes de la vie maritale ou l’angoisse de la solitude finit par virer à la répétition. Le sentiment se révèle d’autant plus regrettable que l’apport de la vidéo d’Anouar Brissel est un bel atout. Les images de gratte-ciel illuminés dans la nuit, les films de rues agitées, de métro en mouvement ou d’illustrations visuelles comme des bulles de BD enrichissent et allègent le propos.
Il y a aussi l’énergie des passages chorégraphiés par Ewan Jones, qui donne du peps à la mise en scène classique de James Bonas. Et le chef Larry Blank qui connaît bien les rouages musicaux fidèlement rendus par l’Orchestre de la Suisse romande, entre jazz, latino, tap dance ou musique de film. Pour mémoire, la célèbre version du New York Philharmonic en 2011 est filmée sans décors devant l’orchestre, contrairement à la proposition venue de Massy à Genève dans une grande tournée française, qui gagne en lisibilité scénique. Mais il lui manque un grain de folie dans le sarcasme et l’expression, bridés par le morcellement et le sujet usé qui enfonce des portes ouvertes.
La troupe des quatorze chanteurs-acteurs-danseurs rend pourtant hommage avec aisance à l’art délicat du genre, dans la scénographie colorée de Barbara de Limburg et les costumes impersonnels de Nathalie Pallandre. L’équipe vocale, à l’impeccable diction française et anglaise et au jeu très naturel, gravite de façon homogène autour du Bobby/Robert de Loïc Suberville. De plus, les airs spectaculaires d’Amy (Jeanne Jerosme au tempérament incroyable), Joanne (Jasmine Roy, désenchantée très deneuvienne) et Marta (Neïma Naouri enthousiaste mais un peu verte et criarde) sont formidablement donnés et dominent la scène. Mais si aucun des onze autres comparses ne démérite dans ce spectacle tonique, la désillusion ne prévaut pas toujours que dans les couples.
Mariage, attention danger
Claudio Poloni - concertonet.com – 13 octobre 2026
source: https://www.concertonet.com/scripts/review.php?ID_review=17870
Alain Perroux, nouveau directeur du Grand Théâtre de Genève, n’a jamais caché son intérêt pour Stephen Sondheim. Lorsqu’il dirigeait le Théâtre du Loup, il avait d’ailleurs programmé Sweeney Todd en 2008. Rien d’étonnant donc qu’il pré sente un ouvrage du compositeur pour sa première saison genevoise, témoignant ainsi son affection pour un musicien qui a profondément renouvelé la comédie musicale américaine.
Créé à Broadway en 1970, Company occupe une place charnière dans le parcours de Stephen Sondheim. Après avoir signé les paroles de West Side Story de Leonard Bernstein, le compositeur s’affirme ici comme un auteur majeur, capable de détourner les codes du musical pour ausculter les névroses de la société contemporaine. Le livret de George Furth abandonne la narration traditionnelle au profit d’une succession de tableaux autour de Bobby, célibataire new‑yorkais qui fête ses 35 ans. Ses amis sont mariés, ou prétendent l’être avec bonheur, mais leurs disputes, leurs frustrations et leurs petits arrangements avec la vérité offrent un catalogue peu engageant des joies conjugales. L’originalité de l’ouvrage tient à cette construction en mosaïque, à la fois ironique et mélancolique. Plutôt que de raconter une histoire d’amour, Stephen Sondheim dissèque les mécanismes du couple, la peur de l’engagement et, plus profondément, la difficulté d’être seul sans renoncer aux autres. Sa partition, syncopée, nerveuse, d’une redoutable précision rythmique, alterne numéros virtuoses, chansons introspectives et ensembles où les voix se croisent comme les pensées contradictoires des personnages. De « Getting Married Today », tourbillon verbal d’une future mariée prise de panique, à « Being Alive », bouleversante prise de conscience de Bobby, la musique ne se contente pas d’illustrer l’action, elle révèle ce que les personnages sont incapables de formuler. Mais encore faut‑il lui laisser la place. C’est là que le bât blesse et que l’on peut s’étonner du choix de Company pour un théâtre lyrique : les dialogues, interprétés en français, occupent une place considérable, tandis que les chansons, en anglais, sont réduites à la portion congrue. Le spectacle dure près de trois heures, entracte compris, et l’impression finit par s’installer que l’on assiste à une pièce de théâtre ponctuée de chansons plutôt qu’à une comédie musicale portée par sa partition. Bref, l’abondance de paroles finit par diluer la tension musicale.
Le spectacle conçu par James Bonas et chorégraphié par Ewan Jones n’en possède pas moins de solides atouts. Il s’agit d’une coproduction de Génération Opéra, qui a déjà circulé dans plusieurs maisons lyriques françaises, notamment à Bordeaux en septembre 2025. L’intérêt du projet réside notamment dans sa distribution de jeunes interprètes, réunis pour faire vivre un répertoire exigeant qui réclame autant de précision vocale que de sens du théâtre. Et justement, les chanteurs se révèlent tous d’excellents comédiens, capables de donner du relief aux situations, d’enchaîner les répliques avec naturel et de passer du jeu à la danse sans perdre leur énergie. La troupe forme un ensemble soudé, vif, mobile, qui donne du rythme aux scènes collectives et évite que la galerie de couples ne se transforme en simple défilé de caricatures. Dans une œuvre où chacun est à la fois personnage et observateur des autres, cette intelligence collective est essentielle. La chorégraphie insuffle un dynamisme bienvenu, même si l’agitation scénique ne saurait toujours remplacer l’intensité musicale.
A la tête de l’Orchestre de la Suisse Romande, Larry Blank connaît intimement les ressorts du théâtre musical américain. Son expérience de cet univers, de Bernstein à Sondheim, constitue un précieux atout pour rendre justice aux rythmes complexes, aux couleurs et aux changements de ton de la partition. L’OSR apporte la densité et les nuances nécessaires, dans une fosse qui doit soutenir le plateau sans l’écraser. L’amplification, incontournable dans ce type de production, permet de préserver l’intelligibilité des textes et l’équilibre entre voix et orchestre, mais rappelle aussi que nous ne sommes pas tout à fait dans les conditions d’écoute d’un opéra traditionnel. En fin de compte, ce Company séduit par la qualité de ses jeunes interprètes et par l’intelligence de son propos, quand bien même certaines répliques ont pris de l’âge. Sondheim avait compris, il y a plus d’un demi‑siècle, que le couple est moins une promesse de bonheur qu’un exercice permanent de négociation avec soi‑même et avec autrui.
Genève découvre COMPANY de Stephen Sondheim
Paul-André Demierre - crescendo-magazine.be – 13 octobre 2026
source: https://www.crescendo-magazine.be/category/scenes-et-studios/a-lopera/
Qui est Stephen Sondheim ? Pour le grand public, il est d’abord le parolier de West Side Story de Leonard Bernstein, avant de parler des comédies musicales dont il a élaboré le texte et la musique. Certains citeront au hasard Sweeney Todd, A Little Night Music, Follies, Sunday in the Park with George ou Into the Woods. Mais l’on connaît moins Company dont le rodage avait été entamé au Shubert Theatre de Boston le 24 mars 1970, pour aboutir à la création au Alvin Theatre de Broadway le 26 avril de la même année, dans une mise en scène d’Harold Prince et une chorégraphie de Michael Bennett. En à peine deux ans, l’ouvrage sera affiché pour … 705 représentations jusqu’au 1er janvier 1972 et sera nommé quatorze fois aux Tony Awards de 1971 en remportant six trophées, dont un pour la meilleure comédie musicale, un autre pour le meilleur livret, un troisième pour la meilleure mise en scène.
Alain Perroux, le nouveau directeur du Grand-Théâtre de Genève, fin connaisseur en la matière, présente Company comme deuxième spectacle de sa saison, en utilisant la traduction française du livret de George Furth qu’a élaborée Stéphane Laporte, alors que les chansons conservent la langue anglaise originale dans une orchestration de Jonathan Tunick.
« Un homme sans aucun engagement affectif réexamine sa vie le jour de ses 35 ans, en passant en revue ses relations avec ses amis mariés et ses petites amies ». Ainsi, Stephen Sondheim résumait-il l’histoire sans intrigue de Company. Cinq couples sont mis en présence d’un troisième personnage, Robert/Bobby, l’ami de toujours qui les observe, gravitant autour d’eux tout en repoussant le moment de prendre une décision sur sa propre vie. Dans la mise en scène de James Bonas présentée à Genève, ce Bobby est incarné par un Loïc Suberville qui a la finesse d’émission d’un crooner patenté. Il est la figure centrale de l’ouvrage et toute l’histoire se développe selon son point de vue. Son cheminement intérieur se construit à travers ses souvenirs et réflexions sur cette ‘company’ avec laquelle il partage tout. Le décor de Barbara de Limburg se veut du reste fluide pour passer d’un souvenir à un autre. Et le plateau tournant permet d’enchaîner des tableaux extrêmement simples, à partir d’un fauteuil cossu sous lampadaire métallique incitant à se faufiler dans les divers milieux que singularisent les éclairages de Christophe Chaupin, tandis que les vidéos d’Anouar Brissel s’attardent sur les gratte-ciels newyorkais à la nuit tombante. Par les bons soins de la costumière Nathalie Pallandre, chacun des couples se voit attribuer une couleur, par exemple le vert pour le duo Sarah et Harry (Marion Preïté et Arnaud Masclet) qui passe son temps à se chamailler, le bleu pour Peter et Susan (Joseph De Cange et Camille Mesnard) en passe de divorcer. Au milieu d’un dialogue surgit une chanson qui permet d’enchaîner naturellement avec le tableau suivant. Et lorsque l’émotion qui en découle est trop forte, la danse prend le relais et la chorégraphie d’Ewan Jones introduit une gestuelle stylisée qui évite de représenter avec réalisme une fête d’anniversaire. Au terme de la première partie, Bobby, chantant à pleine voix « Marry Me a Little », imagine pouvoir se marier sans renoncer à sa liberté. Mais après plus d’une heure de ces chassés-croisés, se dégage une certaine lassitude causée par le déséquilibre entre les scènes parlées trop développées et les séquences musicales trop brèves, auxquelles le bouillonnant Larry Blank à la tête de l’Orchestre de la Suisse Romande s’efforce de communiquer une verve qui ne fait pas toujours mouche.
Tragédie musicale ou comédie lyrique ?
Maxime de Brogniez – ForumOpera.com – 13 octobre 2026
source: https://www.forumopera.com/spectacle/sondheim-company-geneve/
On ne sait trop si c’est à une comédie (musicale) ou à une authentique tragédie (certes, pas lyrique) que l’on a assisté. Robert (Bob, Bobby ou Robbo, Bobby baby) a tout juste 35 ans. Célibataire, quelques relations qu’on ne qualifierait même pas d’amourettes, au moins une expérience homosexuelle passée (évoquée trop rapidement sur le ton de la plaisanterie). Ses amis sont tous, sinon mariés, en couple (hétérosexuel). Et cette bande toxique a une obsession : caser Robert. Après tout, un garçon à ce point adorable ne mérite pas autre chose que l’eldorado du mariage. L’enfer, qui est pavé de bonnes intentions, c’est les autres. On connaît la chanson. Loin d’être un rebelle, Robert a intériorisé ces attentes : de son propre aveu, il ne sait trop s’il a envie d’être en couple ou s’il a peur de ne pas se marier. Deux perspectives évidemment radicalement différentes. Mais le couple est évidemment tout autre chose que le bonheur sur papier qu’on nous vend : les cinq couples qui gravitent autour du célibataire en sont la démonstration en acte. Leur propre contradiction, au fond.
La mise en scène de James Bonas n’adopte aucun parti pris particulier. Le texte est ouvert et toutes les lectures demeurent possibles. En un sens, c’est une qualité. Cela étant, la frontière entre littéralité excessive et absence de propos est difficile à tracer. Le traitement des trois scènes d’anniversaire, dont on ne sait si elles sont réelles, fantasmées ou remémorées/déformées, est conforme aux didascalies et fonctionne très bien : peu à peu, Robert s’isole d’un milieu trop oppressant en répondant, au fond, à toutes ses attentes. On ne saura jamais si Robert aime les femmes, si ses amis qui semblent sympathiques auraient été prêts à entendre autre chose, s’il peut être heureux dans une solitude relative peut-être imposée par le contexte propre aux années 1970. La traduction en français des dialogues parlés par Stéphane Laporte conserve le rythme et la fluidité du livret originel. Les scènes s’enchaînent sans heurts et les morceaux chantés – en anglais – remplissent peut-être d’autant mieux leur rôle de commentaire ponctuel, sans fonction dans la continuité du propos. La scénographie de Barbara de Limburg fait droit à cette approche neutre et fidèle à l’esprit de la création : New York est suggérée dans sa verticalité à travers un décor sobre à l’évolution fluide, seventies sans fioritures. Efficace.
Les numéros musicaux sont rondement menés. L’Orchestre de la Suisse romande suit – si l’on peut écrire – Larry Blank à la baguette. Tout est en place, et l’on se délecte de la franchise d’un pupitre de cuivres qui trouve dans ce répertoire un terrain d’expression jouissif. Reste à ménager des espaces de respiration, des microretards ou anticipations. Reste à contrarier le métronome sans le perdre. Bref, reste à trouver un angle peut-être plus libre et, alors, plus expressif. Côté vocal, c’est surtout la qualité des ensembles qu’il faut souligner. Les dynamiques musicales et chorégraphiques y sont visiblement rodées. Si le Robert de Loïc Suberville est parfait dans l’ambivalence du personnage, la voix apparaît trop projetée mais pas assez canalisée, ce qui donne un son peu timbré et comme dispersé (mais c’est sans doute le jugement d’un lyricomane trop peu rompu à la comédie musicale). Il faut néanmoins saluer l’Amy de Jeanne Jerosme qui a son « Getting Married Today » bien en bouche et qui en tire bien autre chose qu’une simple démonstration de panique : elle relit tous ses choix de vie de manière à la fois désopilante et bouleversante. « The Ladies Who Lunch » constitue assurément le sommet musical et vocal de la soirée : Jasmine Roy (Joanne) y exprime sensiblement cynisme, amertume et moquerie sans s’abandonner à la caricature. La voix y est chaude et légèrement sirupeuse, envoûtante même. Un délice.
Clairement, à un gros mois de nos propres 35 ans, c’est à une tragédie musicale qu’on a assisté, ce qui n’était sans doute pas le propos de la pièce. C’est sans doute le propre d’une œuvre intéressante et d’une adaptation réussie : impossible de la regarder de l’extérieur.
Que vaut COMPANY au Grand Théâtre de Genève?
Alexandre Lanz – La Tribune de Genève - 12 octobre 2026
source: https://www.tdg.ch/grand-theatre-de-geneve-company-manque-dun-grain-de-folie-44…
Le show légendaire de Stephen Sondheim séduit par son casting et sa scénographie léchée. Mais le punch n’est pas au rendez-vous.
Robert – Bobby pour les intimes – a 35 ans. Une étape importante dans la vie du célibataire endurci qu’il est. Son statut de vieux garçon stresse pourtant davantage son entourage que lui-même, qui collectionne les aventures sans lendemain. Tandis que ses amis font tout pour le caser, ils se heurtent eux-mêmes aux petits et grands obstacles de la vie à deux. Alors, qu’est-ce qui est mieux pour Bobby: se ranger aux côtés d’une dulcinée choisie ou continuer de vivre librement? Présenté ainsi, le synopsis a le goût exquis des séries télé cultes typiquement new-yorkaises des années 90, dont les illustres «Seinfeld», «Friends» et «Sex and the City» qui questionnaient déjà les thématiques croisées de l’amitié et du célibat.
Sauf qu’il s’agit en l’occurrence de «Company», la comédie musicale de Stephen Sondheim sur un livret de George Furth. Grand classique qui redéfinissait le genre à Broadway en 1970, l’œuvre refait surface près de 60 ans après sa création dans une adaptation francophone créée à l’Opéra de Massy en 2025.
Traduite par Stéphane Laporte, cette mouture européanisée adopte le français pour les dialogues, tout en restant chantée en anglais. C’est peut-être là que le bât blesse: les ingrédients qui font la magie de Broadway perdent un peu de leur saveur en traversant l’Atlantique vers le Vieux-Continent.
Où est passé le petit grain de folie?
La thématique reste d’actualité. La scénographie pop, sobre et sophistiquée de Barbara de Limburg est très réussie. Loïc Suberville mène la troupe tambour battant dans le rôle principal, et l’Orchestre de la Suisse romande sert la partition. Pourtant, l’alchimie peine à prendre dans cette mise en scène de l’Anglais James Bonas, qui souffre par endroits d’un rythme quelque peu figé et d’une atmosphère aseptisée.
Il en faut peut-être plus qu’un casting plein de bonne volonté pour dépoussiérer une comédie musicale datant d’un autre temps. Pourtant, l’âge de l’œuvre n’est pas le réel problème de ce «Company» bilingue, car certaines punchlines et situations rocambolesques prouvent que l’on peut traverser les époques en restant hilarant. Pour l’un des chefs-d’œuvre de Stephen Sondheim, le parolier de «West Side Story» (1957), on pouvait s’attendre à un petit grain de folie supplémentaire.
COMPANY de Sondheim à Genève
André Peyrègne - classiquenews.com - 11 octobre 2026
source: https://www.classiquenews.com/critique-comedie-musicale-geneve-batiment-des-for…
Ah, la superbe performance des chanteurs et acteurs de Company, dans la comédie musicale de Stephen Sondheim actuellement à l’affiche du Bâtiment des Forces Motrices, dans le cadre de la saison 26/27 du Grand-Théâtre de Genève !
Ils s’expriment avec autant d’aisance en français dans les dialogues qu’en anglais dans les chants. Et des dialogues, il y en a beaucoup. Il y en a même trop – bien qu’ils soient brillants, drôles, acérés. Dans la première partie du spectacle on parle plus qu’on ne chante. Heureusement que dans la deuxième, la musique arrive à trouver sa place. Cette deuxième partie commence avec la séquence majeure de la soirée : Side by side. On y chante, on y danse, on y fait des claquettes. Et la salle jubile.
Une chose est certaine, chaque fois qu’un chant arrive, c’est un régal. Le compositeur Stephen Sondheim est un cador de la comédie musicale. Il nous sert du B.D.Q.S. – Broadway de qualité supérieure ! Deux petites notes nous tiennent compagnie tout au long de la soirée : une tierce mineure descendante (sol-mi). Elles rythment les deux syllabes du prénom Bobby. Elles nous tournent dans la tête bien après la fin du spectacle – lorsqu’on rentre dans la nuit en longeant le Rhône au sortir du Bâtiment des Forces motrices de Genève, lequel se substitue au Grand-Théâtre pendant les travaux de rénovation…
Qui est ce beau Bobby ? Un célibataire new-yorkais observant cinq couples d’amis qui gravitent autour de lui et qu’il voit se déchirer, se raccommoder, s’ennuyer, se tromper. La distribution est on ne peut plus brillante. Loik Suberville est un Bobby épatant de présence, d’aisance et de qualité de chant. Jeanne Jérome est formidable de virtuosité vocale dans son rôle de femme saisie de panique au moment de se marier. La super Jasmine Roy fait exploser la soirée par sa prestation de bourgeoise ivre et désabusée. Mélanie Paiement nous charme en hôtesse de l’air ingénue. Son personnage n’a pas besoin de monter en avion pour planer ! Et puis il y a Noémie Naouri. Celle-ci déchaîne une énergie sauvage dans une scène située dans le métro. Elle a mordant, de la rage. Un vrai animal… de Company !
L’excllent Orchestre de Suisse Romande, rompu au classique, qui apparaît d’une rigueur beethovénienne dans la première partie, se laisse peu à peu gagner par le swing dans la seconde. Il est est entraîné par un spécialiste de comédie musicale, le chef américain Larry Blank. Dans un décor minimaliste, la mise en scène de James Bonas s’avère brillante.
Tout cela nous réjouit. On est vraiment en (très) bonne Company !