L'Orfeo

Monteverdi

Voici un ouvrage à marquer d’une pierre blanche. D’abord parce qu’il est un chef-d’œuvre, mais aussi parce qu’il est le premier véritable opéra de l’histoire. D’emblée, Orfeo réalise une fusion parfaite entre le théâtre et la musique, incarnant une sorte d’idéal vers lequel tendront la plupart des grands compositeurs d’opéras. Dans une Florence pétrie par la Renaissance et s’ouvrant tout juste au XVIIème siècle, Claudio Monteverdi réunit, dans une pièce de forme nouvelle, tous les moyens musicaux à sa disposition. La synthèse est éblouissante, avec des airs tour à tour chantés ou déclamés, des danses gorgées de musique, des ensembles agrestes, de bouleversantes déplorations chorales, sans oublier un orchestre tout entier au service du drame, apte à peindre tout ce qu’Orfeo décrit, raconte, suggère : décor bucolique, voûtes célestes, porte des Enfers... Enfin, toutes les émotions s’y déclinent : joie, effroi, chagrin, espoir, allégresse – passions transcendées par Orphée lui-même lorsqu’il accède au ciel. Car la Musique, nous dit le Prologue, a le pouvoir « d’attirer les âmes des hommes vers les cieux ».

Alors que bergers et nymphes chantent l’amour d’Orphée et Eurydice, Orphée prie le soleil de bénir son couple. Tout entier à son bonheur, il chante pour les arbres, les Dieux, et par la magie de ses vers, parvient même à émouvoir les pierres. Soudain, la Messagère vient annoncer à l’assemblée horrifiée la mort subite d’Eurydice, mordue par un serpent. Brisé, Orphée décide de rejoindre son amour au royaume des morts. Guidé prudemment par l’Espérance, il parvient aux Enfers. Là, il doit franchir le Styx, que Charon lui interdit, malgré ses chants envoûtants. Mais Orphée déjoue les pièges… et passe. Pour récompenser sa témérité, Pluton décide de lui rendre Eurydice, à condition toutefois qu’il ne se retourne pas vers elle lors de son retour sur terre. Les retrouvailles d’Orphée et Eurydice sont de courte durée, car sitôt leur voyage entamé, Orphée succombe à la tentation et regarde son Eurydice – perdue à tout jamais. Accablé, il choisit de renoncer à l’amour, avant que son père, le Dieu Apollon, ne le mène au ciel, d’où il pourra admirer pour l’éternité sa chère Eurydice.

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